Retour au sommaire
 

 

Delphine Murat

L'excellence avant tout !

 

 www.delphinemurat.com

 

 

 

 

 

 

Delphine Murat est une gagneuse, une lutteuse. Un « gladiateuse », dit-elle elle-même de la femme actuelle. Inventrice de la célèbre minisock, cette amazone du troisième millénaire fête cette année les neuf ans de son entreprise. Et quelle entreprise ! Dont l'une des préoccupations majeure d'aujourd'hui est le lancement de sa  ligne sport de luxe d'été à la fois technique et hyper féminine. Rencontre avec une jeune femme qui n’a peur de rien et qui cherche, par ses vêtements, sur le fil du rasoir entre le pop et le design, à provoquer le désir. Pour rendre la femme magique.

Vous dévoilez votre dernière collection de prêt-à-porter pour l’été ? "La collection sport de luxe de l’été prochain est à la fois technique et hyper féminine. Colorée. Elle va prendre place dans les corner sport".

En quoi vous distinguez-vous ?  "La collection est à la fois sport et mode en même temps. Il existe d’autres propositions  sport-mode par exemple avec Puma et Alexander Mac Queen, Adidas et Stella Mac Cartney. Mais nous nous plaçons à un endroit encore particulier parce que l’on fait vraiment bénéficier le sport de tout le savoir faire du prêt-à-porter. Donc ce n’est pas seulement l’alliance de la technique avec une silhouette funky".

Votre style tend vers le design ? "Oui. Le côté monochrome de nos vêtements donne une direction très design. Dans cette ligne « design», nous avons également développé une collection de legs puisque c’est un peu notre fer de lance depuis 2005. On en fait bénéficier tout le legwear. Au lieu de réaliser une fabrication de tricotage en tube, nous réalisons un véritable travail de couture, un vrai travail de malade ! Ce que nous faisons est très higt teck. Nous fabriquons du sport donc des choses faites pour aujourd’hui avec un pied dans l’avenir. Je ne sais pas si c’est futuriste ou osé. En tous les cas, c’est prendre des risques et se tourner vers le futur". 

Comment est considérée votre marque dans le marché actuel ? "A l’heure actuelle nous sommes considérés comme une marque niche porteuse d’un message, d’une singularité. Nous sommes représentés dans des points de vente dans le monde entier. On a un développement mesuré et positif. Même si Paris n’est pas du tout notre fief tout comme la France en général, nous sommes tout de même sur le legwear dans les corners du Printemps et du Bon Marché. Donc nos vêtements peuvent être représentés au prêt-à-porter, au sport et  dans les deux collections, il y a une ligne de legwear. Nous pouvons ainsi être représentés dans les trois domaines. Ce qui est sur le marché à l’heure actuelle, nous le faisions en 2000. En 2005 nous étions les premiers à faire des leggings différemment".

D’où vient votre passion pour le vêtement ? "Je suis vraiment née avec la passion des couleurs, des matières, des odeurs, de la joie. C’est mon truc de départ. Après cela a été un peu bridé pendant un moment, lorsque l’on n’est moins nature mais plus culture. Et puis j’ai recommencé à développer cela dès l’adolescence. Je suis d’origine envahie par l’univers féminin. J’ai vécu chez ma grand-mère entourée de plein de femmes autour de moi. Et puis j’ai une part orientale. Après j’ai fait des études de style au studio Berçot mais je savais déjà coudre un vêtement. J’ai peaufiné mon savoir faire de modélisme et de stylisme. Et j’ai fait ensuite des stages chez Sitbon, chez Mugler et chez Givenchy au moment de Mac Queen. Une fois sortie du Studio Berçot, j’ai travaillé chez Mugler. Ensuite j’ai fait une expérience d’un an et demi de design d’intérieur. C’était à Lisbonne et j’ai fait les locaux d’une banque privée, la création de mobilier… Après cela je suis rentrée et on a crée l’entreprise".

Et le côté futuriste ? "C’est plus un coté singulier tourné vers quelque chose d’évolutif, une volonté de se tourner vers l’avant. Une obsession du progrès. Etre du côté de la production. Produire de ses mains".

Qu’est ce que vous recherchez ? "Aujourd’hui, cela provient plutôt de l’instinct. Qu’est ce que la femme peut vouloir à l’heure actuelle ? Qu’est ce qui manque à la femme ?  Qu’est ce qui me manque ? Qu’est ce qui manque à mes copines. Et puis après, une fois trouvé, le faire et le faire du mieux possible. Essayer d’atteindre une sorte de perfection dans le domaine. Travailler. Je suis quelqu’un qui travaille ses patronages, j’ai besoin de la grandeur nature directe du dessin au prototype. En générale cela tombe plutôt bien assez vite. C’est assez direct. Je suis plutôt dans l’action".

Et votre résultat ?  "Du sport mais pas du sport froid. Il y a toujours une touche de sensualité, de féminité, un rapport aux tissus, une volupté, un peu de chaleur dans ce monde de brut ! (Rires). Je dis toujours qu’on ne s’habille pas mais qu’on est accompagné par son vêtement. On ne porte pas des choses. Les choses nous portent et nous supportent, nous soutiennent et sont là pour nous faire passer des journées, nous aider à être une femme moderne, une sorte de « gladiateuse ». Car  la vie moderne n’est pas facile. Donc être aidé par son vêtement, ce n’est pas mal. Permettre à la femme d’aujourd’hui d’être belle en ne sacrifiant pas le confort, en ne sacrifiant pas non plus à la chaleur, à la volupté. On a toujours l’impression qu’il faut souffrir pour être belle. Mais non ! Après, il faut oser ! C’est une autre question. Mes vêtements sont réalisés pour des femmes qui veulent être belle. C’est dans une dynamique de l’effort. Se perdre dans son vêtement et y perdre son identité, n’est pas le bon propos. C’est une question de maintien, de discipline. Il faut une certaine exigence".

Vous êtes une petite structure ? "On est un mini multinationale. Nous sommes petits mais positionnés à côté des grands ! On attend de nous d’être comme les grands, de produire comme les grands, d’avoir de l’image comme les grands et il y a un moment où nous sommes entre deux paliers mais il faut garder le rythme. On est plein d’ambition. C’est quelque chose dont on ne doit pas avoir peur. Il  n’y a pas d’autre manière d’avancer. Je me dis que cela va être mieux tous les jours. Je suis quelqu’un qui est dans l’effort continuel. Il n’y a pas d’autre manière d’avancer. Cela fait déjà neuf ans. On roule comme on voudrait depuis 2005. Nous sommes identifiable et identifiés. Nous avons une couverture très internationale. Là, on a participé au remake de « Fame ». On a un ADN très fort. Nos vêtements ne sont pas quelque chose d’accessible immédiatement, il faut les digérer".

Comment alors trouver de nouvelles acheteuses ? "Il faut que les gens qui ne connaissent pas la marque aient un coup de cœur. C’est vraiment sur quoi je travaille. Provoquer du désir. C’est cela qui m’intéresse. Après une fois que nous avons provoqué ce désir, il faut l’expliciter, accompagner le produit. Ensuite une fois qu’un produit est parfait s’il n’est pas suivi d’un visuel parfait, cela ne sert à rien. Il faut que cela facilite leur approche. Aujourd'hui nous sommes saturés de mode, on ne fait pas de la mode parce que tout le monde s’habille de la même manière. Aujourd’hui, il faut faire autre chose. Il faut faire de l’exceptionnel. Mais accessible. Et que les femmes puissent se l’offrir et le porter".

Quelle est votre clientèle ? "Ce sont des femmes qui sont des consommatrices  de grandes marques et sont à la recherche de produits niches. Elles ont envie de se singulariser. La mode est très monolithique à l’heure actuelle. Je veux rendre à la femme quelque chose d’un peu magique. C’est pourquoi nos vêtements sont ancrés dans le réel mais nous sortent en même temps du réel. Ils ont un coté super héros et magique qui nous rappelle l’enfance. Je ne supporte pas les choses impossibles et en même temps j’ai la notion des limites. La limite que je m’impose, pas celle que l’on m’impose. Je suis rebelle ! Il ne faut jamais oublier que dès qu’on se fixe un objectif il faut essayer de l’atteindre et de le tirer vers l’excellence".

Delphine Murat Show Room, 21, rue Saint-Roch, 75001 Paris. www.delphinemurat.com (images, courtesy Delphine Murat)

 

 

 

 

 

Madame Carven. Figure de collection.
 
 

La grande dame de la couture, veuve du célèbre collectionneur suisse René Grog, a fait don de près de 90 œuvres et d’une partie de ses archives au musée Galliera. Décorée de l’ordre du Mérite, Madame Carven encourage la jeunesse qu’elle a habillée tout au long de sa vie en décernant une bourse à un étudiant  en art ou en style. Portrait.

Tailleur rose et pierre émeraude sur canapé jaune d’or. Madame Carven s’enfouit dans les coussins de plume, Son chien sur ses genoux. Avenue Foch, le ciel est gris en cet après-midi d’hiver. Et pourtant les rideaux impeccablement tirés sur la baie vitrée. Pour protéger un ensemble d’objets du XVIIIè siècle trouvés de par le monde. « Dans mon précédent appartement, j’étais obligée de vivre les volets fermés car j’étais située en plein midi et le soleil abîme les oeuvres. Je donne ainsi les choses en parfait état ». Parée des couleurs chatoyantes qui firent, entre autre, sa réputation de grand couturier, entourée des pièces rares que rassembla René Grog, son collectionneur de mari, la vie de Carmen de Tommaso ressemble à un conte de fées.  « J’ai toujours vécu dans des environnements superbes dans lesquels j’étais heureuse ». Les cheveux blancs, le regard noisette et la voix douce, Madame Carven ne se lasse pas de raconter ses années trépidantes baignées de luxe. Le mot collection  glisse sans cesse sur ses lèvres. Collection de couture ? Collection d’objets ? Tout se bouscule. Parce que tout se répond. Ses tours du monde, son métier, ses deux maris « charmants et férus d’art ». Les orchidées recouvrant son podium dans les jardins du palais royal de Bangkok. Un bal blanc organisé sur un bateau à ses couleurs en Algérie. Le roi Farouk jeune et beau… Une autre époque.

« Je me suis séparée d’une partie des oeuvres que mon mari avait rassemblées car j’ai été agressée ici.  Au musée du Louvre, elles sont sous haute protection. Je vais les voir de temps en temps ». Salle n°42 du département des Objets d’art où l’on peut admirer depuis 1997 une partie des 30 ans de recherches de l’industriel. Mais ce sont les allers-retours incessants au musée Galliera que la vieille dame effectue, en ce moment. Pour un autre don exceptionnel. Le sien, cette fois, qui permet la réalisation d’une manifestation en hommage à ses cinquante ans de couture. Avec un ensemble de plus de 90 vêtements, mais aussi des cahiers de croquis, des photographies et des documents vidéos. Les souvenirs s’entrechoquent encore. Ceux d’une jeune pionnière d’après-guerre au parcours sans faute. L’école des Beaux-Arts,  un coup de foudre pour Philippe Mallet, frère du célèbre architecte Robert Mallet-Stevens. Et la création, en 1945, de sa maison de couture, au Rond point des Champs-Elysées à Paris.

Depuis, aux côtés de Dior, Cardin ou Givenchy, du haut de ses « un mètre 55 »,  Mademoiselle Carven donnait le ton. « J’étais la seule femme, après-guerre, à me lancer dans l’arène. J’ai crée un style spécial qui ne gênait personne : j’habillais les petites femmes comme moi ». Et les toutes jeunes vedettes de cinéma, Martine Carol, Michèle Morgan, Danièle Delorme comme les princesses du monde entier s’arrachaient ses robes légères aux tailles fines. Mais Carven, c’était aussi, avant Saint-laurent ou Lacroix, l’exotisme et les subtils mélanges de couleurs avec ses modèles inspirés par l’Egypte en 1948, l’Afrique en 49, l’Asie en 63, et ses robes « Degas », « Cézanne », « Van Gogh »… de 59. Sans oublier le premier soutien-gorge pour jeune fille en 1948 et les uniformes des hôtesses de l’air dès 1965 !  Aujourd’hui récompensée du grade de commandeur dans l’ordre national du Mérite, elle encourage désormais les jeunes talents dans les domaines de l’art et de la mode grâce à la première bourse « Arts » Grog-Carven. Logique ! « Mon mari avait la passion des objets. Moi, celle de présenter les choses. Agencer, comme ici, des porcelaines chinoises bleues sur une commode Louis XV rouge ne c’était jamais vu… Vous savez, dit-elle,  caressant une  petite table ayant appartenue à la fille de Marie-Antoinette et levant la tête vers un Cranach… le plus important, c’est la curiosité ». 

A lire : « Carven, un demi-siècle d’élégance », par Dominique Paulvé, éditions Gründ.